← Retour au blog
Visites médicales en intérim : VIP, SIR et reprise après le décret du 12 juin 2026
4 août 2026 · Amandine Cornil

Visites médicales en intérim : VIP, SIR et reprise après le décret du 12 juin 2026

paieintérimETTsanté au travailvisite médicaleVIPsuivi individuel renforcé

Le suivi de la santé des salariés repose sur plusieurs visites médicales : la visite d'information et de prévention (VIP), le suivi individuel renforcé (SIR), la visite de pré-reprise et la visite de reprise. Un décret du 12 juin 2026 vient de modifier les règles applicables à la visite de reprise. Le point sur ce qui s'applique aux salariés intérimaires.

La visite d'information et de prévention (VIP)

La VIP est une visite individuelle qui a pour objet (article R. 4624-11 du code du travail) :

  • d'interroger le salarié sur son état de santé ;
  • de l'informer sur les risques auxquels l'expose son poste de travail ;
  • de le sensibiliser aux moyens de prévention à mettre en œuvre ;
  • de l'informer sur les modalités de suivi de son état de santé et sur la possibilité de demander à tout moment une visite avec le médecin du travail.

Qui peut la réaliser

Outre le médecin du travail, la VIP peut être assurée par un collaborateur médecin, un interne en médecine du travail ou un infirmier (article L. 4624-1). Elle n'est donc pas obligatoirement réalisée par un médecin du travail.

Dans quel délai

La VIP doit avoir lieu dans un délai qui n'excède pas 3 mois à compter de la prise effective du poste (article R. 4624-10).

Conséquence pratique pour une ETT : lorsqu'un intérimaire est mis à disposition pour une mission d'un mois, l'absence de VIP avant la fin de la mission ne peut pas être sanctionnée, le délai de 3 mois n'étant pas écoulé.

En revanche, un intérimaire qui enchaîne les missions doit avoir bénéficié d'une VIP dès lors qu'il dépasse 3 mois de mission au total, même si chacun de ses contrats est d'une durée inférieure à 3 mois. Par prudence juridique, l'ETT doit être en mesure de démontrer qu'elle a bien formulé la demande de VIP pour ce salarié.

Le suivi individuel renforcé (SIR)

Tout salarié affecté à un poste présentant des risques particuliers pour sa santé ou sa sécurité, pour celles de ses collègues ou des tiers présents dans l'environnement immédiat de travail, bénéficie d'un SIR (article R. 4624-22).

Le SIR est effectué avant l'embauche, par le médecin du travail.

Les postes concernés sont listés à l'article R. 4624-23.

Postes exposant les travailleurs :

  • à l'amiante ;
  • au plomb dans les conditions prévues à l'article R. 4412-160 ;
  • aux agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction mentionnés à l'article R. 4412-60 ;
  • aux agents biologiques des groupes 3 et 4 mentionnés à l'article R. 4421-3 ;
  • aux rayonnements ionisants ;
  • au risque hyperbare ;
  • au risque de chute de hauteur lors des opérations de montage et de démontage d'échafaudages.

Postes dont l'affectation est conditionnée à un examen d'aptitude spécifique :

  • travaux nécessitant une habilitation électrique ;
  • jeunes effectuant des travaux dangereux ;
  • conduite de chariots automoteurs, d'engins de chantier, de plateformes élévatrices, de grues.

Postes figurant au document unique d'évaluation des risques (DUERP) de l'entreprise utilisatrice.

Ce dernier point est souvent négligé : le DUERP du client fait partie des sources à consulter avant de positionner un intérimaire.

Temps et frais de visite : à la charge de l'employeur

Le temps consacré aux visites médicales est pris :

  • soit sur les heures de travail, sans retenue de salaire ;
  • soit en dehors des heures de travail, mais rémunéré comme du temps de travail effectif.

Le temps et les frais de transport sont pris en charge par l'employeur (article R. 4624-39).

La visite de pré-reprise

La visite de pré-reprise s'organise pendant l'arrêt de travail, pour préparer et anticiper le retour dans de bonnes conditions. Elle peut être demandée par le médecin du travail, le médecin traitant, le médecin conseil de la sécurité sociale, ou par l'intérimaire lui-même.

Elle n'est pas obligatoire, mais elle prend une importance nouvelle depuis juin 2026 (voir plus bas).

La visite de reprise

La visite de reprise est en principe obligatoire. Le médecin du travail examine le salarié soit le jour de la reprise effective du poste, soit dans les huit jours suivant son retour. C'est l'employeur qui sollicite le service de prévention et de santé au travail dès qu'il connaît la date de fin de l'arrêt.

Elle a lieu :

  • après un congé de maternité ;
  • après une absence pour maladie professionnelle ;
  • après une absence d'au moins 30 jours pour accident du travail ;
  • après une absence d'au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel.

Son objectif est d'analyser l'état de santé de l'intérimaire pour déterminer les solutions adaptées à sa situation.

Ce que change le décret du 12 juin 2026

Le décret du 12 juin 2026, applicable depuis le 15 juin 2026, modifie les règles relatives aux visites de pré-reprise et de reprise.

Pré-reprise : l'employeur est informé

L'employeur est désormais informé de la tenue d'une visite de pré-reprise, même en l'absence de recommandations du médecin du travail, sauf opposition expresse du salarié. L'objectif est de mieux préparer la reprise d'activité.

Reprise : une nouvelle dispense

La visite de reprise n'est plus obligatoire lorsque les deux conditions suivantes sont réunies :

  • une visite de pré-reprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise effective du travail ;
  • le médecin du travail a conclu qu'aucun aménagement du poste ou du temps de travail n'était nécessaire.

Une visite de reprise peut toutefois être organisée à la demande du médecin du travail, de l'employeur ou du salarié.

Attention à la date d'effet : cette dispense s'applique uniquement aux arrêts de travail prescrits à compter du 15 juin 2026. Les arrêts prescrits avant cette date restent soumis aux règles antérieures.

À retenir

  • VIP : dans les 3 mois suivant la prise de poste, réalisable par un infirmier ou un collaborateur médecin.
  • SIR : avant l'embauche, par le médecin du travail, pour les postes à risque listés à l'article R. 4624-23 et pour ceux identifiés au DUERP du client.
  • Prise en charge : temps rémunéré et frais de transport à la charge de l'employeur, quelle que soit la visite.
  • Décret du 12 juin 2026 : dispense de visite de reprise si une pré-reprise a eu lieu dans les 30 jours et qu'aucun aménagement n'est requis. Uniquement pour les arrêts prescrits à compter du 15 juin 2026.

À lire aussi