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23 février 2026 · Amandine Cornil

Réduction générale dégressive unique (RGDU) : ce que change 2026 pour la paie intérim

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Réduction générale dégressive unique : ce que change 2026 pour la paie intérim

Chaque début d'année apporte son lot de nouveautés en paie. Mais 2026 marque un tournant structurel : la réduction générale des cotisations patronales (souvent appelée "réduction Fillon") laisse place à un dispositif entièrement refondu, la réduction générale dégressive unique (RGDU). Pour les gestionnaires de paie en entreprise de travail temporaire, c'est sans doute le chantier le plus important de l'année.

Avant 2026 : comment fonctionnait l'ancien dispositif ?

Le système précédent reposait sur deux mécanismes combinés. D'un côté, la réduction générale des cotisations patronales (RGCP), applicable aux rémunérations ne dépassant pas 1,6 SMIC. De l'autre, des taux réduits de cotisations patronales : 7 % au lieu de 13 % pour l'assurance maladie (pour les salaires jusqu'à 2,5 SMIC) et 3,45 % au lieu de 5,25 % pour les allocations familiales (pour les salaires jusqu'à 3,5 SMIC).

La formule de calcul de la RGCP était la suivante :

Coefficient = (T ÷ 0,6) × (1,6 × SMIC annuel ÷ rémunération annuelle brute − 1)

Au-delà de 1,6 SMIC, la réduction tombait à zéro. Les taux réduits prenaient le relais sur des plages de rémunération plus larges, mais avec des seuils de sortie distincts. Résultat : un système à plusieurs étages, difficile à paramétrer et source fréquente d'écarts en paie.

Ce qui change au 1er janvier 2026

La RGDU fusionne l'ensemble de ces mécanismes en un dispositif unique. Concrètement, les taux réduits de cotisations maladie (7 %) et allocations familiales (3,45 %) disparaissent. Tous les employeurs appliquent désormais les taux pleins : 13 % pour la maladie et 5,25 % pour les allocations familiales. En contrepartie, la nouvelle réduction s'applique sur une plage de rémunération beaucoup plus large, du SMIC jusqu'à 3 SMIC.

Au-delà de 3 SMIC, la RGDU est nulle. Plus aucun allègement ne s'applique.

Sur quelles cotisations porte la RGDU ?

La réduction s'impute sur les cotisations patronales suivantes :

  • Assurance maladie, maternité, invalidité, décès
  • Assurance vieillesse de base
  • Allocations familiales
  • Contribution solidarité autonomie (CSA)
  • Contribution au FNAL
  • Cotisations de retraite complémentaire obligatoires (AGIRC-ARRCO)
  • Contribution patronale d'assurance chômage
  • Cotisations AT/MP, dans la limite de 0,49 % de la rémunération (contre 0,50 % en 2025)

La nouvelle formule de calcul

La formule de la RGDU introduit de nouveaux paramètres :

C = Tmin + ( Tdelta × [ (1/2) × (3 × SMIC annuel ÷ rémunération annuelle brute − 1) ] ^ P )

Décryptons chaque paramètre :

Tmin (0,0200) — C'est le taux plancher de la réduction. Même pour une rémunération proche de 3 SMIC, l'employeur conserve un allègement minimal de 2 %. Ce plancher évite l'effet de falaise brutal qui existait avec l'ancien système.

Tdelta — C'est l'écart entre le coefficient maximal et Tmin. Sa valeur dépend de la taille de l'entreprise :

  • Entreprises de moins de 50 salariés (FNAL à 0,10 %) : Tdelta = 0,3781, coefficient maximal = 0,3981
  • Entreprises de 50 salariés et plus (FNAL à 0,50 %) : Tdelta = 0,3821, coefficient maximal = 0,4021

P (1,75) — C'est l'exposant de la formule. Il donne à la courbe de réduction sa forme "convexe" : la réduction diminue lentement au départ (autour du SMIC), puis plus rapidement à l'approche de 3 SMIC. Cette progressivité est conçue pour atténuer les effets de seuil que subissait l'ancien dispositif.

Un exemple concret

Prenons un intérimaire en janvier 2026, qui a travaillé 112 heures, il a perçu son IFM et ICP. Son taux horaire est de 13,06 soit un salaire brut de 1 462,72 en y ajoutant IFM et ICP : son salaire brut est de 1  769,89 € dans une ETT de 50 salariés et plus.

Le SMIC annuel de référence est de 21 876,40 € (12,02 € × 1 820 heures).

Le calcul se déroule ainsi :

  1. Smic de référence : 1823,03 x (112 heures / 151,67 heure) = 1346,21 €
  2. Ratio Salaire / Smic : 1769,89 / 1346,21 = 1,3147
  3. Coefficient dégressif : (0,5 x ((3 x 1346,21/1769,89)-1))^1,75=0,459108
  4. Coefficient : 0,2+0,3821 x 0,4591 x 1,1 =0,2150
  5. La RGDU : 1769,89 x 0,2150  = 380,52

La réduction annuelle serait donc de 1769,89 x 0,2150  = 380,526 euro

À titre de comparaison, un intérimaire rémunéré au SMIC (21 876,40 € annuels) bénéficierait du coefficient maximal de 0,4021.

Les points de vigilance pour les ETT

Le seuil de 3 SMIC comme point de sortie. Pour les missions intérim bien rémunérées (cadres, profils techniques spécialisés), la rémunération peut facilement dépasser ce plafond. Au-delà de 3 SMIC — soit 5 469,09 euros bruts mensuels — aucun allègement ne s'applique plus. C'est un changement majeur par rapport aux anciens taux réduits qui couvraient des tranches plus hautes (2,5 SMIC pour la maladie, 3,5 SMIC pour les AF).

La gestion des heures supplémentaires. Le SMIC pris en compte dans la formule est ajusté : SMIC annuel + (SMIC horaire × nombre d'heures supplémentaires). En intérim, où les dépassements horaires sont fréquents, ce recalcul impacte le coefficient et doit être correctement paramétré.

L'arrondi réglementaire. Le coefficient obtenu est arrondi à quatre décimales, au dix millième le plus proche. Un écart d'arrondi sur des centaines de bulletins mensuels peut générer des régularisations significatives en fin de période.

La répartition du coefficient. La réduction calculée se répartit entre les cotisations versées à l'URSSAF d'une part, et celles versées aux institutions de retraite complémentaire (IRC) d'autre part. Les paramétrages doivent refléter cette ventilation.

La proratisation en cas de mission courte. Pour les contrats de mission de quelques jours ou semaines, le SMIC de référence et la rémunération sont annualisés. La précision du calcul dépend directement de la bonne prise en compte des heures réellement travaillées sur la période.

Ce qu'il faut retenir

La RGDU simplifie le paysage des allègements en un mécanisme unique, mais sa formule est plus sophistiquée que l'ancienne réduction Fillon. Pour les services paie des ETT, les actions prioritaires sont claires : vérifier le paramétrage de la nouvelle formule (Tmin, Tdelta, exposant P) dans les logiciels de paie, contrôler les premiers bulletins de janvier sur des profils de rémunération variés (SMIC, entre 1,6 et 3 SMIC, au-delà de 3 SMIC), et s'assurer que le traitement des heures supplémentaires est conforme.

La transition vers la RGDU est un chantier technique, mais c'est aussi l'occasion de fiabiliser l'ensemble de la chaîne de calcul des allègements.